Point médian et autres signes typographiques
Ah, le point médian, si petit et pourtant à l’origine de grands débats… Justement, regardons de plus près les arguments défavorables au point médian, avant de nous attarder sur les bonnes pratiques et sur les autres signes typographiques utilisables pour le remplacer.
Les inconvénients du point médian
C’est compliqué à trouver sur un clavier
Sur les smartphones, on trouve le point médian au même endroit que les autres symboles : aussi simple que de chercher un point d’exclamation ou un hashtag.
Sur ordinateur, il existe des raccourcis, qui peuvent être différents selon la configuration de votre clavier ou votre système d’exploitation. Il suffit de les mémoriser… ou de créer les vôtres.
C’est impossible à lire à voix haute
Le point médian est une abréviation de plus, comme Mme, kg, $ ou %. Une fois que notre cerveau a appris ce que ça signifie, il est capable de le transposer pour que ça sorte de notre bouche correctement.
De manière similaire, on utilise les parenthèses pour le pluriel et ça ne pose pas de problème : tout le monde comprend et sait comment dire le(s) groupe(s) doi(ven)t être accompagné(s). C’est la même chose avec les accompagnant·es, qui se dit les accompagnantes et les accompagnants.
Ça pénalise les personnes dyslexiques
Pour l’instant, les études ne démontrent pas clairement que le point médian a un impact négatif sur la lecture, même pour les dyslexiques, mais certaines formes abrégées pourraient néanmoins poser problème.
Dans le doute, on limite l’usage du point médian au minimum, et pour aider les dyslexiques, on agit aussi sur d’autres aspects (police, taille, espacement, notamment).
C’est incompatible avec les outils d’aide à la lecture
Effectivement, le point médian représente un problème technique pour les lecteurs de texte pour personnes malvoyantes ou aveugles, par exemple. Une bonne raison de l’utiliser avec parcimonie, en attendant que des solutions soient trouvées. Et vu tout ce que les humains sont capables de faire technologiquement parlant, ça ne devrait pas être trop difficile, n’est-ce pas ?
Comment utiliser le point médian
Si vous ne voulez ou ne pouvez pas vous passer du point médian, voici quelques astuces – tirées de Le langage inclusif : pourquoi, comment d’Éliane Viennot – pour l’utiliser de manière simple et claire, en gardant à l’esprit que ce ne sont pas des règles strictes.
▶︎ Le point médian se place entre le mot masculin (singulier) et la terminaison du mot féminin (singulier ou pluriel) : participant·es, professionnel·le, Suisse·sses
▶︎ Les parenthèses forment toujours une paire, mais un seul point médian par mot suffit, pour éviter l’effet haché que provoquerait son doublement au pluriel, comme ici : les employé·e·s concerné·e·s ont été averti·e·s
▶︎ Pour des questions de lisibilité – le masculin apparaît en entier et on voit bien aussi le féminin –, mieux vaut limiter l’usage du point médian aux mots dont le féminin se forme en ajoutant simplement un e (avec éventuel doublement de la consonne finale) : avocat·e, mécanicien·nes
Cela fonctionne aussi :
– pour les mots dont le féminin prend un accent : étranger·e (plutôt que étrangèr·e)
– pour les adjectifs qui ont deux versions masculines (par exemple un beau garçon / un bel homme) : vieil·les, fol·le, nouvel·les
– et éventuellement pour les mots qui se terminent en -eux/-euse : curieus·e, facétieus·es
▶︎ On évite en revanche d’utiliser le point médian lorsque le masculin et le féminin ont des terminaisons plus distinctes, car on ne voit alors que le mot masculin, le féminin étant réduit à quelques lettres : acteur·rice, locaux·ales, vendeur·euse, neuf·ves
Pour de tels mots, on préfère les doublets longs : les coiffeurs et les coiffeuses
Par quoi remplacer le point médian
Le point médian a le mérite de n’être utilisé que pour marquer l’inclusion du féminin, mais vous pouvez choisir d’employer d’autres signes typographiques.
Les parenthèses – mes ami(es)
Leur usage est assez courant, mais le féminin apparaît comme secondaire.Le trait d’union – mes ami-es
Facile à trouver sur le clavier, et il unit le masculin et le féminin.La barre oblique – mes ami/es
Signe de la division, on peut faire mieux symboliquement.Le point – mes ami.es
Solution de facilité quand on ne sait pas comment faire un point médian, mais la terminaison .es peut renvoyer à des sites web.La majuscule – mes amiEs
Elle attire l’attention et indique le militantisme.
Certaines personnes utilisent également l’apostrophe – mes ami’es –, et on pourrait encore s’inspirer de l’allemand et de son Genderstern – mes ami*es.
Point médian : point trop n’en faut
Pour terminer, rappelons quelques points importants :
☞ Personne ne vous oblige à utiliser des points médians. Cela relève de vos choix et préférences personnelles.
☞ Le point médian, mais aussi les autres signes typographiques, réduit les formes féminines à quelques lettres à la fin du masculin – autant se servir des mots féminins en entier si on a assez de place.
☞ Le point médian a tendance à attirer l’attention sur lui-même et il a encore beaucoup d’ennemis. Si vous voulez que les gens portent leur attention sur le fond de votre message plutôt que sur sa forme, privilégiez d’autres outils inclusifs.