L’écriture inclusive : petit guide pratique

Le sujet fait encore débat et, entre les raccourcis parfois simplistes et les arguments plus émotionnels que rationnels, on entend tout et son contraire ! Faisons le point sur ce qu’est – ou n’est pas – l’écriture inclusive, et voyons comment l’utiliser concrètement.

Ce que l’écriture inclusive n’est pas

  1. Ce n’est pas que le point médian ou les néologismes comme iel. La réduire à ces deux techniques, c’est ne voir que la pointe la plus polémique de l’iceberg inclusif.

  2. Ce n’est pas inventer n’importe quoi. On ne va pas dire une coutelle sous prétexte que la fourchette et la cuillère sont des mots féminins. Ça concerne les mots qui désignent des personnes, et c’est déjà pas mal !

  3. Ce n’est pas rendre les choses encore plus compliquées. Pour ça, il y a le subjonctif imparfait ou l’accord des participes passés. On peut faire inclusif ET simple.

  4. Ce n’est pas moche. La beauté est un concept totalement subjectif, y compris pour le langage. Et on ne bannit pas des mots ou des tournures pour des raisons prétendument esthétiques.

  5. Ce n’est pas pour faire joli. L’écriture inclusive reflète des valeurs fortes. L’utiliser juste pour faire plaisir à son public cible, c’est de la poudre aux yeux. Et ça va vite se remarquer.

  6. Ce n’est pas de la féminisation. Les noms de métiers au féminin existaient déjà au Moyen Âge, mais ils ont tout bonnement été effacés. On parlera donc de reféminisation.

  7. Ce n’est pas de l’émasculation. C’est de la démasculinisation. La différence est de taille (sans mauvais jeu de mots !).

  8. Ce n’est pas nouveau. Vous l’utilisez certainement depuis longtemps sans vous en rendre compte, par exemple avec le fameux Madame, Monsieur, en début de lettre.

  9. Ce n’est pas si compliqué que ça. On peut déjà faire beaucoup avec quelques outils et un peu d’entraînement. Et surtout avec un minimum de bonne volonté.

  10. Ce n’est pas tout ou rien. On peut adopter certaines solutions inclusives et pas d’autres si elles ne nous conviennent pas. Un texte peut donc être inclusif sans utiliser de points médians ni de néologismes, par exemple.

L’écriture inclusive en une phrase

C’est une palette d’outils qui permettent de représenter les femmes autant que les hommes dans notre communication.
Et on pioche dedans pour choisir celui ou ceux qui conviennent le mieux au contexte, au lectorat, à la place à disposition, au registre de langue ou encore à l’effet qu’on cherche à produire.

Première étape vers une écriture plus inclusive

L’idéal est de rédiger directement en inclusif, mais si vos textes sont déjà prêts, quelques ajustements suffiront pour les démasculiniser. Commencez par repérer les masculins :

Ils ne s’appliquent pas à des êtres humains ?
▷ On ne change rien : un lézard ne se transforme pas en lézarde.

Ils désignent effectivement des hommes ?
▷ On laisse le masculin, évidemment : un mari ne devient pas une Marie.

Ils sont utilisés pour des femmes, comme c’est le cas pour certains métiers, titres, grades et fonctions ?
▷ On cherche l’équivalent féminin : une présidente n’a pas à être cachée derrière un président.

Ce sont des masculins génériques, qui désignent des groupes mixtes ou dont on ne connaît pas la composition ?
▷ C’est le moment d’ouvrir notre boîte à outils !

Techniques inclusives

Voici une liste (non exhaustive) de possibilités pour remplacer les masculins génériques :

Les doublets, ou double flexion

Il s’agit simplement d’utiliser les deux formes, féminine et masculine, du nom : les enseignantes et les enseignants
Le point médian (ou un autre signe typographique) permet de les abréger à l’écrit : les informaticien·nes
Dans quel ordre les placer ? On peut choisir d’alterner masculin-féminin et féminin-masculin, d’utiliser l’ordre alphabétique – qui fera passer tantôt le féminin, tantôt le masculin en premier –, ou de toujours commencer par le féminin.
Cette dernière façon de faire a le mérite de simplifier la réflexion quant aux accords des adjectifs qui suivent : des étudiantes et des étudiants attentifs
Parce que si on commence par le masculin et qu’on suit la règle « standard » du masculin qui l’emporte, on crée un hiatus. Autrement dit, une dissonance, une contradiction… un désaccord : des penseurs et des penseuses influents
Pour éviter les hiatus sans modifier l’ordre des mots si on estime qu’il est important, on peut utiliser l’accord de proximité, qui permet d’accorder l’adjectif avec le nom le plus proche : les habitants et les habitantes concernées
Ce n’est pas une erreur, et cette règle a été utilisée notamment par Racine, reconnu comme l’un des grands maîtres de la littérature française :
Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières,
Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières.

Les mots épicènes

Ils ont la même forme au masculin et au féminin, et, au pluriel, ils peuvent désigner un groupe mixte : un spécialiste, une spécialiste, des spécialistes
Sont aussi considérés comme épicènes les mots qui n’ont qu’un genre grammatical mais qui désignent des personnes de tous les genres. Ainsi, un bébé ou un modèle restent masculins même quand ils désignent une fille ou une femme, et une célébrité ou une personne sont toujours féminins, y compris pour parler d’un homme.
La limite peut cependant être floue. Par exemple, est-ce que individu est épicène et peut être utilisé pour désigner toute personne, peu importe son genre ? Ou est-ce un masculin ? Dans ce cas, le féminin serait une individue – forme parfois employée mais pas acceptée par les dictionnaires.

Les autres mots qui n’indiquent pas le genre

  • les collectifs : la clientèle

  • les fonctions : la direction

  • les acronymes : les DRH

  • les apocopes : les ados

  • les anglicismes : les leaders

  • les latinismes : les seniors

  • les néologismes : les collaborateurices

Comme avec les doublets et les mots épicènes, on n’oubliera pas d’adapter les adjectifs et les articles, et on vérifiera si certains mots, superflus, peuvent être supprimés.

Les modifications de la structure de la phrase

On peut – ou on doit parfois – apporter des changements plus importants, qui touchent à la structure des phrases. Pas besoin pour autant de contrevenir aux règles de grammaire ou de syntaxe !

  • passer de la voix passive à la voix active : les journalistes ont été acquittés par la juge ➤ la juge a acquitté les journalistes

  • remplacer le verbe être par un verbe riche : les élèves sont agressifs ➤ les élèves font preuve d’agressivité

  • utiliser un infinitif : les correcteurs doivent être concentrés ➤ corriger un texte exige de la concentration

  • passer au style direct (je-nous-tu-vous) : les travailleurs intéressés peuvent s’inscrire en ligne ➤ inscrivez-vous en ligne !

Chaque outil a sa propre utilité et doit être adapté au contexte : aucun n’est meilleur qu’un autre ! C’est à chacune et chacun de décider de ses préférences, comme on le fait dans n’importe quel texte, en choisissant un mot plutôt qu’un autre, une tournure de phrase ou une métaphore plutôt qu’une autre.

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Pourquoi se mettre à l’écriture inclusive ?

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